La Convention nationale 1792-1795
Naissance dans le chaos et la violence
Illustration : 9 Thermidor
Une assemblée née du chaos
Septembre 1792. La monarchie s’effondre dans le fracas des canons et la fureur des foules parisiennes. Louis XVI, suspendu après la prise des Tuileries le 10 août, n’est plus qu’un fantôme du pouvoir dont l’autorité s’est évaporée avec les premières défaites militaires. Les massacres de septembre témoignent d’une violence qui échappe désormais à tout contrôle, et dans ce tumulte où l’Ancien Régime agonise, une nouvelle assemblée s’impose comme l’unique recours pour sauver la Révolution menacée sur tous les fronts. Elle naît du suffrage universel masculin, qui est à ce moment une première dans l’histoire française. Le 22 septembre, les députés proclament la République et fixent cette date comme premier jour de l’An I, inscrivant la rupture jusque dans le calendrier.
Le procès du roi et la guerre totale
Les 749 députés de la convention se divisent rapidement. Girondins, montagnards et la plaine, qui joue le rôle d’arbitre, s’affrontent sur le sort de l’ancien monarque dont le procès s’ouvre à la fin de 1792. Après des débats intenses sur la légalité même de juger un roi constitutionnel, la convention assume seule la décision. Louis XVI est condamné à mort en janvier 1793. Son exécution le 21 brise les derniers ponts avec l’Europe monarchique qui resserre aussitôt la coalition. À l’intérieur, la vendée s’embrase en mars contre la conscription et la centralisation parisienne. Une guerre civile meurtrière se conjugue désormais avec le conflit européen.
L’engrenage de la Terreur
Face au péril qui menace sur tous les fronts, la convention invente un gouvernement d’exception. Le comité de salut public centralise progressivement le pouvoir exécutif. Le tribunal révolutionnaire accélère les condamnations. La loi des suspects élargit la répression à une échelle jamais vue. En juin, les journées des 31 mai et 2 juin voient les sans-culottes obtenir l’arrestation des députés girondins, livrant l’assemblée aux Montagnards. Ils votent alors une constitution démocratique remarquable, celle de l’an I, aussitôt suspendue au nom de l’urgence et qui ne sera jamais appliquée.
Robespierre entre au comité de salut public en juillet. La machine répressive s’emballe sous l’impulsion d’un pouvoir de plus en plus concentré. Le maximum général encadre prix et salaires pour juguler la crise économique. Les colonnes infernales ravagent la vendée où périssent entre 150 000 et 200 000 personnes selon les estimations. La loi du 22 prairial, au printemps 1794, supprime les dernières garanties judiciaires et ouvre ce qu’on appellera la terreur. Le calendrier républicain efface jusqu’au temps chrétien pour inscrire la révolution dans une temporalité nouvelle.
Thermidor et la sortie de crise
Mais la concentration du pouvoir finit par retourner l’assemblée contre elle-même. Le 9 thermidor an II, Robespierre tombe. Il est guillotiné le lendemain avec ses proches, provoquant la dislocation rapide du système terroriste. Les prisons se vident à l’automne 1794. Le tribunal révolutionnaire disparaît en mai 1795 et une réaction s’installe, parfois brutale, contre les anciens jacobins. La convention élabore alors une nouvelle constitution adoptée en août 1795, qui établit le directoire avec deux chambres, cinq directeurs et un suffrage censitaire. L’objectif est clair. Garantir la stabilité par l’équilibre des pouvoirs. Elle se dissout le 26 octobre après trois années d’existence ininterrompue.
L’héritage contradictoire
La convention laisse un pays profondément transformé. La république est désormais installée, l’administration centralisée, l’armée réorganisée et le territoire rationalisé selon des principes qui survivront au directoire instable. Ces structures serviront l’ascension de Bonaparte. Mais la mémoire reste profondément déchirée entre la constitution de 1793 qui demeure un horizon démocratique jamais atteint et la Terreur qui pose la question lancinante des limites de la violence révolutionnaire. Cette période incarne à la fois l’ambition républicaine la plus haute et ses dérives les plus sanglantes.
S&T


