Le Directoire 1795-1799
Un régime né de la tourmente révolutionnaire
Illustration : Conseil des Cinq-Cents
L’automne 1795 marque l’entrée de la révolution française dans une séquence entièrement nouvelle après l’usure de la convention nationale, les convulsions de la terreur et les insurrections du printemps de l’an III. Une partie des élites aspire à un retour à l’ordre sans renoncer aux acquis fondamentaux de 1789. La constitution de l’an III, adoptée le 22 août 1795, apparaît comme une tentative minutieuse de reconstruire un système représentatif garantissant les libertés tout en neutralisant ce que l’on considère comme les dérives de la démocratie directe et des mouvements populaires. Elle établit une séparation stricte des pouvoirs avec un double corps législatif où le conseil des cinq-cents détient l’initiative des lois tandis que le conseil des anciens exerce un rôle modérateur en adoptant ou rejetant les propositions.
Le pouvoir exécutif est confié à un directoire collégial de cinq membres renouvelé annuellement par tirage pour prévenir toute concentration excessive de l’autorité. Le suffrage reste masculin mais sévèrement censitaire, excluant les milieux populaires mobilisés en 1793 et 1794.
Le 26 octobre 1795, le directoire entre en fonction avec La Révellière-Lépeaux, Rewbell, Barras, Carnot et Letourneur qui héritent d’une situation fragile marquée par l’insurrection royaliste du 13 Vendémiaire que Bonaparte a réprimée quelques semaines plus tôt, et par une crise économique profonde causée par la dépréciation de l’assignat et de mauvaises récoltes.
Les coups de force qui minent la légitimité
L’année 1797 met en lumière les contradictions du régime lorsque les élections du printemps révèlent une progression nette des forces royalistes qui inquiète profondément les directeurs. Le 18 Fructidor an V, le Directoire avec le soutien de troupes fidèles commandées par Hoche neutralise les élus royalistes dans un coup de force qui arrête ou déporte des députés et évince Barthélemy du directoire. Les directeurs consolident provisoirement leur autorité mais au prix d’une rupture majeure avec la lettre de la constitution et les assemblées perdent une part de leur autonomie. Ce moment marque un tournant vers une orientation plus autoritaire justifiée par la nécessité de préserver la république, mais la collégialité censée être un rempart contre la domination d’un leader unique devient un facteur de division permanente où les directeurs s’opposent les uns aux autres sur les grandes orientations.
L’année 1798 prolonge cette dynamique avec l’annulation d’une partie des élections de l’an VI par un gouvernement méfiant envers les jacobins dont l’influence remonte. Les autorités adoptent des mesures répressives contre les prêtres réfractaires et les émigrés, accroissant l’impopularité du régime déjà affaibli par un contexte économique très dégradé où les impôts directs augmentent pour combler le déficit de l’état. Dans ce cadre tendu, Bonaparte propose une expédition en méditerranée orientale que le directoire accepte pour l’éloigner, mais cette décision prive le régime de son chef militaire le plus prestigieux tout en renforçant la trajectoire personnelle du général qui se trouve désormais physiquement et symboliquement en marge du pouvoir.
L’effondrement sans résistance
L’année 1799 est décisive avec les défaites successives des armées françaises en Allemagne et en Suisse qui fragilisent considérablement la position du directoire dont la légitimité repose en partie sur les succès militaires. Le 30 prairial an VII, une nouvelle intervention contraint trois directeurs à se retirer dans un coup de force qui reflète l’impossibilité du régime à maintenir un fonctionnement cohérent, alors que les conseils de plus en plus indépendants entrent en conflit ouvert avec l’exécutif et que l’État se retrouve en situation de paralysie.
Le retour de Bonaparte d’Égypte en octobre bouleverse l’équilibre politique déjà fragile. Figure victorieuse malgré l’échec de l’expédition, il bénéficie d’un prestige considérable et Sieyès devenu directeur cherche un homme capable de mener la réforme constitutionnelle qu’il envisage. Les 18 et 19 Brumaire an VIII, un dispositif militaire conduit les Conseils hors de Paris puis les force à approuver la dissolution du Directoire qui s’effondre sans résistance significative. Le consulat est instauré et confié à Bonaparte, Cambacérès et Lebrun dans un pouvoir exécutif concentré qui prépare rapidement l’évolution autoritaire du régime vers le consulat à vie en 1802 puis l’empire en 1804, faisant du directoire une étape transitoire entre la république révolutionnaire et une nouvelle forme de monarchie impériale.
S&T
Sources
Constitution de l’an III (22 août 1795).
Procès-verbaux du Conseil des Cinq-Cents et du Conseil des Anciens 1795–1799.
Correspondance de Napoléon Bonaparte 1796–1799.
François Furet et Mona Ozouf dir., Dictionnaire critique de la Révolution française, Paris, Flammarion.
Isser Woloch, The New Regime: Transformations of the French Civic Order, Harvard University Press.
Marcel Reinhard, Le Directoire, PUF, Que sais-je.
Comité des travaux historiques et scientifiques, notices et publications sur la période révolutionnaire.


