L’école classique d’économie
Les origines de la pensée économique moderne
Illustration : Adam Smith
Un nouvel outil pour mesurer l'économie
L’économie politique classique constitue le premier système véritablement cohérent de pensée économique moderne. Née dans la seconde moitié du XVIIIᵉ siècle, principalement en Grande-Bretagne, elle a établi les fondations analytiques d’une discipline autonome, fondée sur l’observation, la logique et la recherche de lois générales régissant la production, la distribution et l’échange des richesses.
Ce courant, centré sur la liberté économique, la valeur du travail et la dynamique des marchés, a marqué durablement la théorie et la pratique économique. Son apogée s’étend d’Adam Smith à John Stuart Mill, avant d’être supplantée vers 1870 par la révolution marginaliste.
contexte d’émergence
L’école classique s’inscrit dans la mutation intellectuelle et matérielle britannique du XVIIIᵉ siècle. La révolution industrielle transforme profondément la production, tandis que les échanges internationaux s’intensifient. Les structures mercantilistes, fondées sur le contrôle étatique du commerce et l’accumulation de métaux précieux, montrent leurs limites dans un monde où la productivité et la spécialisation deviennent les véritables moteurs de la richesse.
La physiocratie, développé en France autour de François Quesnay et d’Anne-Robert Jacques Turgot, posait au contraire la liberté du commerce et la production agricole comme sources de richesse. Leur conception d’un ordre naturel influenceront directement les Britanniques.
C’est dans ce contexte de libéralisation des échanges, d’essor industriel et d’effervescence intellectuelle, qu’Adam Smith publie en 1776 La Richesse des Nations. Cet ouvrage inaugure une économie politique fondée sur la logique du marché et la recherche d’équilibres spontanés.
Fondements théoriques
Le noyau doctrinal de l’école classique repose sur quelques principes structurants.
L’ordre naturel du marché
Smith introduit la métaphore célèbre de la « main invisible », selon laquelle la poursuite de l’intérêt individuel, dans un cadre de concurrence libre, conduit à la maximisation du bien-être collectif.
La valeur
Chez Smith, la valeur d’échange trouve en partie son origine dans le travail, bien que d’autres facteurs interviennent selon le stade de développement économique. Chez Ricardo, elle s’affine en une théorie du coût de production où le temps de travail, et dans certains cas la rareté des biens non reproductibles, déterminent les prix relatifs.
La division du travail et la croissance
La spécialisation est, pour Smith, la clé de l’accroissement de la productivité. Dans sa célèbre description de la manufacture d’épingles, il montre avec une clarté remarquable comment la fragmentation des tâches multiplie la production.
Le rôle limité de l’État
Les classiques défendent le “laissez-faire”, qui est que, l’intervention publique doit se limiter à la sécurité, à la justice et à certaines infrastructures collectives. Cependant, ils ne prônent pas un retrait total, Smith reconnaît lui-même à l’État un rôle dans l’éducation, les biens publics et la régulation monétaire.
Héritage
L’économie politique classique a transformé la réflexion sur la richesse, fondée sur la liberté individuelle, la concurrence et la valeur-travail, elle a permis de mieux comprendre le fonctionnement du capitalisme industriel naissant. L’idée d’un ordre économique spontané, né de l’interaction des intérêts individuels, demeure l’un des piliers du raisonnement économique libéral.
S&T
Sources :
Adam Smith (1776). An Inquiry into the Nature and Causes of the Wealth of Nations.
David Ricardo (1817). On the Principles of Political Economy and Taxation.
Thomas Robert Malthus (1798). An Essay on the Principle of Population.
Jean-Baptiste Say (1803). Traité d’économie politique.
John Stuart Mill (1848). Principles of Political Economy.


