Les Sections parisiennes et la Commune insurrectionnelle 1790-1795
L'origine des arrondissements parisiens
Illustration : section parisienne, 1792
De simples structures administratives à des foyers révolutionnaires
Entre 1790 et 1795, Paris vit une transformation politique sans précédent qui voit naître des formes inédites de participation citoyenne et s’affirmer une puissance populaire capable de renverser les équilibres nationaux. Les quarante-huit sections parisiennes, créées en mai et juillet 1790 pour remplacer les soixante districts, devaient initialement fluidifier l’état civil, la police locale et l’approvisionnement. Mais ces structures prennent très vite un rôle politique inattendu. Chaque section possède une assemblée permanente d’abord réservée aux citoyens actifs, puis ouverte à tous après l’été 1792, où se multiplient les réunions donnant naissance à une pratique régulière du débat, de la délibération et de la pétition.
Les procès-verbaux conservés témoignent d’une intense activité politique dans laquelle artisans, maîtres de métiers, journaliers et petit peuple des faubourgs prennent une place croissante. La montée des tensions européennes et l’impopularité de Louis XVI favorisent cette politisation accélérée. Les sections servent de relais aux clubs jacobins et cordeliers. Elles apparaissent comme les premières instances capables d’orchestrer une pression populaire méthodique face au veto royal, aux décrets contre les prêtres réfractaires et aux difficultés économiques qui nourrissent la méfiance envers l’exécutif.
Les journées qui font basculer le régime
L’année 1792 marque le tournant décisif avec les journées du 20 juin et du 10 août qui scellent l’entrée définitive des sections dans la dynamique révolutionnaire. Le 20 juin, la masse des habitants de plusieurs sections envahit les Tuileries pour contraindre le roi à reconsidérer sa politique dans une démonstration de force résultant d’une organisation minutieuse des assemblées locales où les faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau apparaissent particulièrement actifs.
Le 10 août est encore plus décisif. Au cours de la nuit du 9 au 10, les sections les plus radicales organisent l’insurrection en envoyant des délégués constituer une commune insurrectionnelle qui remplace la municipalité légale et dirige l’assaut renversant la monarchie constitutionnelle. Les sections nourrissent les bataillons de la garde nationale, coordonnent les colonnes d’attaque et légitiment politiquement l’insurrection par leurs délibérations nocturnes. Une nouvelle donne apparaît avec le suffrage universel masculin brièvement instauré au niveau municipal et Paris devient une capitale dont les institutions révolutionnaires se superposent aux institutions officielles.
Un pouvoir autonome face à la centralisation
La commune insurrectionnelle fonctionne comme un véritable gouvernement municipal autonome regroupant plus de deux cent quatre-vingts délégués dont le pouvoir s’étend à la police, à la garde nationale et aux comités de surveillance. En septembre 1792, l’invasion étrangère et la chute de Verdun provoquent une panique collective qui débouche sur les journées tragiques des 2 au 5 septembre où plusieurs sections organisent la surveillance des prisons. Entre la fin de 1792 et le début de 1793, la commune devient un acteur incontournable dans le procès du roi en multipliant les interventions auprès de la convention pour imposer le jugement et l’exécution de Louis XVI.
Au printemps 1793, les sections se mobilisent avec la commune pour exiger l’arrestation des députés girondins. Les journées du 31 mai au 2 juin voient entre trente et quarante mille militants encercler la convention dans une action coordonnée qui transforme le rapport entre Paris et la représentation nationale. Mais l’automne 1793 voit la mise en place d’un système de surveillance systématique où les comités révolutionnaires deviennent les relais d’une politique de contrôle voulue par le comité de salut public qui cherche progressivement à réduire l’autonomie des assemblées.
Le 9 thermidor an II marque la rupture finale. La chute de Robespierre ouvre une période où le souvenir de la commune insurrectionnelle devient un objet de suspicion et les sections subissent une épuration graduelle. La loi du 3 novembre 1795 consacre leur disparition définitive en les remplaçant par douze arrondissements. Le directoire entend ainsi prévenir toute résurgence d’un mouvement insurrectionnel structuré et clôt une période où les habitants de Paris avaient fait de leurs assemblées locales des lieux d’expérimentation démocratique qui continuent de nourrir les débats contemporains sur la souveraineté et l’action collective.
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